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 Conservation Justice salue le travail du CAF et se porte partie civile contre des exploitants illégaux dans l’Ogooué-Ivindo

  11 juin 2017 à 21h31min 0 Commentaire(s)


La mission de contrôle et de Police forestière menée par le Colonel David Ingueza sur instruction du ministre en charge de l’économie forestière n’en finit plus de susciter des remous. Près d’un mois après avoir quitté la province de l’Ogooué-Ivindo, le CAF continue de subir les affres de la colère des lobbys forestiers, notamment chinois dans ce cas. Dans un communiqué de presse rendu public le mardi 23 mai à la télévision nationale gabonaise, Estelle Ondo, commanditaire de cette mission, rectifie le tir.

Certains diront que c’est en faveur des exploitants forestiers illégaux, comme mentionné dans le communiqué diffusé par l’ONG Brainforest et signé de Monsieur Marc Ona le 25 mai. Ce communiqué dénonce et « exhorte le projet CAF à reprendre les missions de terrain et condamne avec la dernière énergie, toutes les manœuvres tendant à freiner le travail des experts de la CAF à même de stopper l’élan déjà engagé pour mettre hors d’etat de nuire tous les opérateurs indélicats ».

Donc malgré tout, les observateurs de la société civile gabonaise et les partenaires du CAF parmi lesquels l’ONG Conservation Justice affirment leur engagement dans les procédures enclenchées, estimant que les faits relevés sont graves. L’ONG s’est donc portée partie civile dans les affaires pendantes au Tribunal de Makokou contre ces sociétés forestières œuvrant dans l’illégalité.

L’ONG Conservation Justice marque ainsi son soutien indéfectible au projet Contrôle d’Aménagement Forestier (CAF) victime depuis quelques semaines d’une campagne de dénigrement au sein de l’administration des Eaux et Forêts, des syndicats et lobbys, notamment chinois, et de la Zone Economique à Régime Privilégié (ZERP) de Nkok.

Il importe de rappeler le contexte et le cadre dans lesquels le CAF et ses alliés de l’ANPN et de Conservation Justice se sont rendus dans l’Ogooué-Ivindo, première province forestière du Gabon avec 5 millions d’hectares sur les 15 millions que le pays a mis à la disposition des investisseurs forestiers. La mission se devait de vérifier le respect de la réglementation forestière. L’Administration en charge des Eaux et Forêts doit en effet en toute logique organiser, sur tout le territoire national des missions de contrôle et de police forestière. C’est en tout cas ce que stipule l’ordre de mission

n°001092/MEFPEPGDE/CAB/ du 13 avril 2017 signé du Ministre en charge de la forêt à destination du CAF. Cette mission devait lui permettre d’effectuer des opérations de police forestière sur les surfaces forestières concédées par l’Etat et notamment dans les Permis Forestiers Associés (PFA), les Convention Provisoires Aménagement Exploitation Transformation (CPAET), les Concessions Forestières Sous Aménagement Durable (CFAD), les Forêts Communautaires (FC) et dans les Zones Hors Aménagement ou susceptibles d’abriter les produits forestiers.

La mission est donc arrivée dans l’Ogooué-Ivindo le 16 avril au 8 mai 2017 dernier avec une équipe de soixante (60) personnes, outre les quatre (04) chiens renifleurs, composée d’agents du CAF, de l’ANPN et des Juristes de l’ONG Conservation justice dont l’apport était de venir en appui à ces institutions pour une application stricte de la loi. Les Juristes ont donc été appelés à mettre à la disposition du chef de la mission tout conseil afin que tout acte posé respecte aussi bien les formes préétablies que la réglementation en vigueur.

La particularité de la mission résidait en ce que l’équipe devait mener uniquement des opérations de police forestière contrairement à ce qui s’était fait dans les provinces du Woleu-Ntem, de l’Ogooué-Lolo (Contrôle) et de l’Estuaire (Contrôle et police forestière).
Les premiers résultats présentés par le coordonnateur du CAF, colonel des Eaux et Forêts, au gouvernorat le 26 avril devant les autorités et les populations, dont les victimes des sociétés forestières, ont jeté un coup de froid sur l’assistance.

Avant même que les résultats définitifs soient connus, toute la province de l’Ogooué-Ivindo avait déjà réalisé les dégâts environnementaux, sociaux et économiques commis par les entreprises forestières, ici à capitaux chinois. Toutefois, des sociétés à capitaux gabonais ou européens peuvent également être concernées, que ce soit dans l’Ogooué-Ivindo ou ailleurs. Chacun doit respecter la législation de la même manière évidemment et personne n’est au-dessus de la loi. Mais force est de constater que les infractions les plus graves sont surtout réalisées par des opérateurs asiatiques, selon les résultats enregistrés objectivement.

Les jours qui ont suivi ont amené le procureur de la République Près le Tribunal de Première Instance de Makokou, madame Danny Kama, après avoir minutieusement étudié les dossiers, à placer en garde à vue les sieurs Chen Wenxing de la société WCTS et Claude Liu de la société KHLL, deux « Majors » du secteur qui se sont permis les pires exactions que l’on puisse imaginer dans le cadre de l’exploitation forestière :

Exploitation hors permis, Coupe de bois sous-diamètre, Exploitation d’essences interdites par le plan d’aménagement et la Plan Annuel d’Opérations des sociétés concernées (et non essences protégées de l’UICN selon certains détracteurs qui sèment le trouble), Exploitation dans des zones protégées, Exploitation dans des UFG et/ou AAC non programmées, etc. Tout cela, il faut le dire avec des suspicions de complicité. Madame le Procureur a par ailleurs effectué elle-même des missions de terrains pour constater devant les médias les infractions relevées quelques semaines plutôt par le CAF, l’ANPN et CJ.

Les deux chefs d’entreprises chinois placés en garde à vue le 5 mai dernier à Makokou allaient rejoindre un premier : le comptable de la société Sunry Gabon, Xang Kei, pris en flagrant délit de tentative de corruption active d’OPJ pendant la mission de contrôle et de police.
Les actions du CAF, de l’ANPN et de CJ jumelées à celles du Procureur de la République de Makokou ont été saluées unanimement par la population exaspérée et par les médias qui les ont relayées en temps réel.

Pour continuer l’action, l’ONG Conservation Justice qui mène le combat de la lutte contre l’exploitation forestières illégale et le braconnage depuis 2010 a choisi de se porter Partie civile devant l’hésitation de l’administration des Eaux et Forêts.

Le directeur de cette ONG explique que « Notre but est d’appuyer les efforts réalisés par le CAF et le parquet de Makokou, appuyés également par l’ANPN, et de lutter ensemble contre cette exploitation illégale qui impacte gravement l’avenir de cette province et du pays, en termes de bonne gouvernance, de lutte contre la corruption et de développement durable ».

Cet engagement de l’ONG CJ de se porter « Partie civile » démontre que les défenseurs de l’environnement mesurent la gravité des faits relevés et craignent que les Eaux et Forêts procèdent à des règlements à l’amiable qui fortifieraient les exploitants dans leurs pratiques et priveraient les caisses de l’Etat d’importantes entrées.

En effet, les Eaux et Forêts, à travers le communiqué rendu public le 23 mai, semblent opter pour les amendes transactionnelles qui ne peuvent pas excéder les 10 millions de CFA par contrevenant alors même que, selon ce qui a été démontré dans le rapport du CAF, KHLL, WCTS, Sunry Gabon, TBNI et d’autres sociétés ont détourné plusieurs milliards de CFA chacune au cours des cinq dernières années tout en infligeant à la forêt gabonaise de graves et nombreux impacts négatifs.

Le Directeur de Conservation Justice exhorte les autorités dans la bonne gestion de ce patrimoine unique : « C’est une chance unique pour le Gabon d’avoir cette ressource qui améliore la qualité de vie à de nombreux niveaux et facilite le développement durable. C’est un pays béni par sa nature et ses ressources naturelles, ses rivières, son climat et l’absence de grosses catastrophes naturelles, au point que la plupart des pays rêveraient d’avoir une telle forêt, unique au Monde.

Selon nous, ce patrimoine naturel mérite d’être bien géré sur le court, moyen et long terme, le Gabon ayant été avant-gardiste depuis près de 20 ans à travers l’aménagement durable, qui semble malheureusement remis en question par les exploitants illégaux et leur lobbying qui veulent l’exploiter et l’épuiser au plus vite ».