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Adama Barrow, le nouveau président de Gambie, a prêté serment au Sénégal

  20 janvier 2017 à 00h36min 0 Commentaire(s)


Le président élu a appelé l’armée gambienne à rester dans ses casernes alors que se prépare une intervention militaire africaine pour chasser Yahya Jammeh du pouvoir.

La date est respectée, le 19 janvier, pour l’investiture du nouveau président gambien Adama Barrow, vainqueur de la présidentielle du 1er décembre 2016. Mais le lieu est insolite. Comme le président sortant Yahya Jammeh a refusé de céder le pouvoir, la cérémonie se tient bien en territoire gambien, mais à l’ambassade de Gambie à Dakar, où s’est réfugié le président élu depuis quelques jours.

Les locaux de la petite ambassade sont trop exigus pour l’assistance importante qui s’est pressée à l’événement. Si bien que la cérémonie d’investiture est diffusée sur deux écrans géants installés devant l’ambassade. Elle est aussi retransmise sur la chaîne publique sénégalaise RTS.

Parmi les invités, l’envoyée spéciale du Monde Afrique a reconnu le premier ministre sénégalais, Mahammed Boun Abdallah Dionne, le ministre sénégalais des affaires étrangères Mankeur Ndiaye, le président de la commission de la Cédéao, Marcel Alain de Souza, l’envoyé spécial de l’ONU en Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas et plusieurs ambassadeurs accrédités à Dakar, sans oublier Alieu Momar Njai, le président de la commission électorale de Gambie, qui avait déclaré la victoire d’Adama Barrow en décembre, avant d’être lui aussi contraint à l’exil, début janvier.

Appel aux militaires gambiens
« J’appelle tous les personnels militaires à rester loyaux à la Constitution, a déclaré Adama Barrow. Je leur demande de démontrer leur loyauté à mon égard sans délai. Je leur demande de rester dans leurs casernes. Tous ceux qui circuleront avec des armes seront considérés comme des rebelles. »

Le président élu fait référence à la possible intervention en Gambie des troupes que le Sénégal a massées à la frontière. Dakar a, pour cela, reçu des hommes et des avions en renfort du Nigéria et du Ghana. Les trois pays, appuyés par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao, 15 pays) se disent prêts à intervenir pour chasser Yahya Jammeh de son palais présidentiel, la State House.
Après l’adoption d’une résolution poussée par le Sénégal, le Conseil de sécurité des Nations unies a soutenu à l’unanimité les initiatives de la Cédéao pour pousser Yahya Jammeh à quitter le pouvoir.

M. Barrow, tout de blanc vêtu, a prêté serment sur le Coran, peu avant 17 heures locales devant le président de l’Ordre des avocats gambien Sheriff Tambadou, en présence de nombreux responsables d’organisations internationales et régionales, ainsi que de ses deux épouses, habillées de la même manière.

L’air humble, le nouveau président a qualifié le moment d’« occasion historique ». « C’est un jour qu’aucun Gambien n’oubliera jamais », a-t-il dit.

L’armée nigériane effectuait jeudi après-midi des vols de reconnaissance au-dessus de la capitale gambienne. « Nos forces aériennes sont actuellement au-dessus de la Gambie », a confirmée Ayodele Famuyiwa, porte-parole de l’armée de l’air nigériane, ajoutant qu’elles « ont les capacités d’attaquer », si Yahya Jammeh ne cède pas le pouvoir.

« Nous pensons qu’il [M. Jammeh] est en train de revoir sa position, il pourrait se retirer », poursuit M. Famuyina, « mais nos troupes sont prêtes et elles sont là pour faire appliquer le mandat » de la Cédéao.

« J’aime mes hommes »
Du côté de Banjul, la capitale gambienne, la résistance pourrait ne pas être très importante. L’armée nationale n’est forte que de 900 soldats et son commandant en chef, le général Ousman Badjie, a déclaré mercredi tard dans la soirée que ses hommes ne se battraient pas si les troupes africaines intervenaient dans son pays. « Nous n’allons pas nous impliquer militairement. Ceci est une dispute politique, a-t-il dit à des représentants étrangers, je ne vais pas impliquer mes soldats dans un combat stupide. J’aime mes hommes. »

L’entourage de M. Barrow, accueilli depuis le 15 janvier au Sénégal en attendant sa prise de fonctions, prévoyait initialement une cérémonie dans un stade de Banjul, la capitale gambienne. Une idée abandonnée face à l’opposition de M. Jammeh, qui a, en outre, décrété mardi l’état d’urgence, validé pour quatre-vingt-dix jours par l’Assemblée nationale dominée par son parti.

A peine a-t-il prononcé son discours d’investiture que le président Adama Barrow, 51 ans, a reçu les félicitations de la Cédéao, des Nations unies et de l’Union africaine. Il a appelé à l’union, au rassemblement et au travail, en promettant de gouverner en pensant à tous les Gambiens, pas seulement à ceux qui ont voté pour lui.

Parallèlement, le Conseil de sécurité de l’ONU devait voter, jeudi à 19 heures (heure française), sur un projet de résolution présenté par le Sénégal pour soutenir une éventuelle intervention militaire des pays de Cédéao.

Ce projet de résolution appelle le Conseil de sécurité à « apporter tout son soutien à la Cédéao dans son engagement à assurer le respect de la volonté du peuple » et presse M. Jammeh de « mener un processus de transition pacifique et ordonné et de transmettre le pouvoir au président élu Barrow le 19 janvier ».

Un émissaire guinéen à Banjul
Peu avant la prestation de serment d’Adama Barrow à Dakar, rien n’indiquait que Yahya Jammeh allait céder son fauteuil à son successeur élu, dont il conteste la victoire au scrutin présidentiel du 1er décembre 2016 après l’avoir dans un premier temps reconnue.
Malgré les pressions internationales et abandonné au fil des jours par sa vice-présidente et plusieurs de ses ministres, Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 1994, s’obstine à demeurer en place tant que la justice n’aura pas statué sur ses recours électoraux déposés depuis décembre.

A Banjul, peu d’habitants se hasardaient dans les rues où, selon des témoins, patrouillaient de nombreux militaires, sans que leur allégeance à l’un ou l’autre camp apparaisse clairement.

A Conakry, une source proche de la famille de la première dame gambienne Zineb, de père guinéen, a aussi fait état à l’AFP de la présence d’un émissaire dépêché à Banjul par le président guinéen Alpha Condé pour aider à « trouver une solution ». Il s’agit de l’ex-ministre Tibou Camara, beau-frère de Mme Jammeh. La durée de sa mission n’a pas été précisée.

Cette tentative de médiation fait suite à celle du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a fait mercredi une irruption surprise dans le dossier gambien avec une « proposition » de sortie de crise, dont on ignore les détails.
Le risque de troubles a poussé des milliers de personnes – Gambiens, résidents étrangers comme touristes – à quitter le pays depuis plusieurs jours.