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Côte d’Ivoire : le président donne son accord aux revendications des mutins

  9 janvier 2017 à 06h39min 0 Commentaire(s)


Le mouvement d’humeur des militaires s’est généralisé samedi dans d’autres villes, dont la capitale économique Abidjan.

Le président ivoirien Alassane Ouattara a annoncé, samedi 7 janvier, avoir donné son accord aux revendications de certains soldats à l’origine de mutineries, qui se sont étendues dans de grandes villes du pays, dont Abidjan. Lors d’une allocution télévisée, le chef de l’Etat a expliqué avoir pris en compte les demandes relatives « aux primes et à l’amélioration des conditions de vie ». Il a également demandé « à tous les soldats de regagner leurs casernes pour permettre l’exécution de ces décisions dans le calme ».

Conseil des ministres à Abidjan, rencontre avec les mutins à Bouaké
Un conseil des ministres extraordinaire avait démarré samedi en fin de journée à Abidjan, au retour de M. Ouattara, qui était en déplacement au ghana pour assister à l’investiture du nouveau président Akufor-Ado.

A Bouaké, dans le centre du pays, le ministre de la défense Alain Richard Donwahi s’est entretenu dans la journée avec les représentants des mutins. Selon (l’AFP) sur place, les militaires se sont mis en colère et l’ont empêché, ainsi que sa délégation, de quitter la résidence du sous-préfet en tirant des rafales de Kalachnikov et des armes lourdes. Il a fini par être libéré vers 23 heures. Ni le ministre ni les représentants des mutins n’ont fait de déclaration à leur sortie. Après sa libération, les militaires ont levé les barrages interdisant l’entrée dans Bouaké.

Lors d’une intervention télévisée, vendredi soir, le ministre de la défense avait expliqué que les revendications des soldats étaient d’ordre corporatiste : « Ils réclament l’augmentation de salaires, la réduction du temps passé dans les grades et les éclaircissements à propos d’une supposée prime [ECOMOG]. »

Un mouvement étendu à plusieurs grandes villes
A Bouaké comme à Korhogo, les tirs d’armes lourdes et automatiques ont repris dans la soirée. A Bondoukou, dans l’est, les populations sont confinées chez elles depuis 19 heures. Dans la journée, le mouvement d’humeur des militaires s’était également emparé de Man, la plus grande ville de l’ouest du pays.

Selon l’agence de presse Reuters et des sources locales de la BBC, les mutineries ont également commencé à toucher la capitale économique du pays, Abidjan. Les insurgés ont fait feu sur les bâtiments de l’état-major de l’armée, avant de s’engouffrer dans ceux du ministère de la défense, qui se situent juste en face.

En fin d’après-midi, l’AFP, citant des sources concordantes, a fait état de tirs entendus dans un camp militaire d’un quartier chic de la capitale économique. Des militaires ont bloqué l’accès à un grand carrefour situé à proximité de la caserne d’Akouédo et desservant plusieurs portions de la ville, provoquant d’importants embouteillages.


« Nous avons l’impression de revivre septembre 2002 »
A Bouaké, le cortège terrestre du ministre de la défense – arrivé, lui, en avion – est resté bloqué par des insurgés à l’entrée sud de la ville, raconte un témoin. Le signe d’une tension perceptible dans une zone, qui a passé une première nuit sous le contrôle des mutins, au rythme des rafales de kalachnikov et des rodéos de soldats encagoulés. Le mouvement ne dispose pas encore de visage.

« Nous n’avons pas fermé l’œil de la nuit. Nous avons l’impression de revivre septembre 2002 [début de la précédente rébellion armée dans le pays]. Ils font la loi, ne s’en prennent à personne, mais on ne sait pas quand tout cela va finir », raconte, au téléphone, Berthé Fofana, enseignant dans cette localité.

A Bouaké, comme à Daloa et Korhogo passées sous le contrôle des mutins, commerces, banques et écoles sont fermés. A Odienné et Daoukro, ville de l’ancien président Henri Konan Bédié, le calme est revenu après une manifestation de soldats. Samedi, des camps militaires, comme celui d’Akouédo (dans l’est d’Abidjan), le plus grand du pays et de Tai (dans l’ouest, à la frontière du Liberia) ont tenu à se signaler en tirant des rafales en l’air.

A Abidjan, la peur s’est emparée progressivement de la ville. « Nous vaquons à nos occupations, sans trop aller loin de la maison. On voit les forces de l’ordre en patrouille pour nous rassurer, mais en Côte d’Ivoire, nous savons que tout peut aller vite. On reste donc prudents », confie, tremblante, Aline Bilé, une étudiante.
Les mouvements demeuraient, à ce jour, sans violence à l’égard des populations.