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Drones : la chasse est ouverte

  20 novembre 2016 à 20h51min 0 Commentaire(s)


Les autorités françaises ont présenté trois façons de détecter, d’identifier et de neutraliser les engins volants non autorisés. Pas toujours convaincant...

Après la série de survols par des drones de centrales nucléaires et d’autres sites sensibles intervenus en 2014, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) a tiré le signal d’alarme et lancé un appel à projets pour détecter, identifier et neutraliser ces engins. En clair, on craint que des terroristes ne fassent appel à des drones en sachant que la charge utile ou transportable est de l’ordre du tiers de la masse de l’appareil. En France, 4 000 drones professionnels sont recensés et le parc des appareils de loisirs est estimé à 400 000.

Sur les drones de loisirs, cette charge transportée est le plus souvent un appareil photo ou une caméra. Ainsi, la semaine dernière, un drone a survolé impunément l’Assemblée nationale, arrivé dans l’axe du pont de la Concorde par lequel il est reparti sans être identifié. Mais un drone de 1,5 kg peut aussi transporter une grenade quadrillée, larguée sur les tribunes d’un stade ou au milieu d’un rassemblement de personnes…

Le programme de lutte anti-drones du SGDSN est qualifié de « flash », car lancé dans l’urgence. Il reçoit le concours de l’Agence nationale de la recherche (ANR) et un million d’euros ont été débloqués, distribués entre les trois finalistes sur vingt-quatre candidats ayant répondu à l’appel à projets.

Les trois consortiums retenus – Angelas, Bordeades et Spid – réunissent les savoir-faire, au total, d’une vingtaine de PME spécialisées dans la défense et les technologies d’analyse de signaux, d’universités et de grandes écoles, mais aussi de grands groupes comme l’Onera, Thales, le CEA. Les futurs « clients » de ces applications, comme EDF , la SNCF, le GIGN, les Aéroports de Lyon, etc.,

sont également associés à l’opération.Sur une piste désaffectée de la base aérienne de Villacoublay de Paris,les drones plastrons virevoltaient vendredi dernier et devaient être neutralisés successivement par les trois solutions anti-drones. Premier constat, malgré les conditions météorologiques défavorables avec du vent fort en rafales, les drones ne semblent pas affectés et volent sans problème. On peut penser que les meilleurs pilotes les guident. Ces drones sont des appareils que l’on trouve dans le commerce, comme le Parrot Disco. La SNCF a d’ailleurs détaché pour l’occasion un de ses dix drones qui surveillent le réseau ferré et tentent de détecter les tentatives de vol de câbles en cuivre.
Neutralisation sans destruction

L’opération doit se dérouler en trois actes, mais sans entracte, donc en quelques dizaines de secondes. L’identification doit suivre immédiatement la détection. L’enjeu est, en effet, de dire si l’écho relevé par le radar ou par le système d’écoute est un drone, un oiseau, un parasite dû au bruissement des feuilles ou encore un avion qui passe au loin en haute altitude. Le drone non autorisé ayant été formellement identifié, ce qui nécessite généralement une intervention d’un opérateur humain, il faut analyser son mode de fonctionnement. Un télépilote au sol le dirige-t-il en temps réel ? Le drone fait-il appel à un GPS pour se guider ? Est-il totalement autonome, ayant été préprogrammé ?

À chaque configuration, une solution différente doit intervenir, sachant que le SGDSN exclut dans un cadre civil la destruction, comme c’est le cas dans un contexte militaire. Donc pas de canon à micro-ondes. Aussi, selon les consortiums, la neutralisation peut passer par la prise de contrôle du drone pour le faire poser où l’on veut, par un leurrage qui dévie sa trajectoire de sa cible initiale, par un relevé goniométrique des émissions du télépilote au sol qui recevra la visite de la gendarmerie. Mais très vite la technologie se heurte à un vide juridique.

Brouiller les signaux GPS ou envoyer des données erronées est formellement interdit, car ce serait préjudiciable à de très nombreux utilisateurs. En caricaturant, un avion qui veut atterrir à Roissy-CDG risque, au mieux, de se poser au Bourget. Quant au réseau EDF, il peut connaître pertes de charge et surtensions, les centrales étant synchronisées entre elles par GPS, pour fournir une heure précise à dix nanosecondes près. Du côté du budget, on parle en millions d’euros, même si Spid veut essayer de se limiter à 800 000 euros.

Des aigles sous les drapeaux
Si les démonstrations réalisées à Villacoublay ont montré une certaine efficacité à courte distance, de l’ordre des 2 000 mètres, ce qui peut correspondre aux besoins de protection d’une centrale nucléaire, d’un stade ou d’un événement, les tests ne sont pas concluants pour la protection des aéroports. Un cercle d’environ dix kilomètres doit être stérile, couvrant notamment les axes d’atterrissage des instruments et de décollage avec la montée initiale en altitude.

L’armée de l’air, qui n’a pas le temps d’attendre ces mises au point de hautes technologies, a fait l’acquisition d’aigles royaux dans le cadre de la lutte anti-drones. Nés au printemps, les quatre rapaces sont élevés sur la base aérienne de Mont-de-Marsan et trouvent leur nourriture… dans des épaves de drone.