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Gambie : le président Adama Barrow rentre enfin à Banjul, accueilli par une foule en liesse

  28 janvier 2017 à 15h13min 0 Commentaire(s)


« En attendant Barrow », la Gambie vivait depuis samedi 21 janvier et le départ de son dictateur, yaya Jammeh, en exil pour la Guinée équatoriale, au rythme de ce feuilleton qui semblait ne jamais vouloir prendre fin. Il s’est achevé jeudi 26 janvier après-midi lorsque le nouveau président gambien, Adama Barrow, est enfin revenu du Sénégal où il s’était réfugié deux semaines plus tôt.

Son retour a offert à Banjul, la capitale, la plus joyeuse pagaille que l’on puisse imaginer. L’aéroport a été envahi, sous le regard médusé de forces de l’ordre totalement dépassées, par une foule qui ne voulait rien rater de cet événement. Puis, le nouveau chef de l’Etat a traversé la ville dans une hystérie populaire dont aucun Gambien n’avait le souvenir .

« C’est notre nouvelle indépendance », s’enthousiasme un jeune homme. « Notre esclavage est enfin terminé », renchérit Binta, une jeune fille qui arbore un tee-shirt « #Gambia has decided » (la #Gambie a décidé, le slogan de la nouvelle coalition au pouvoir ), sans aucun doute le vêtement le plus à la mode dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest. Jeudi soir, Banjul a fêté l’événement, dansé sur les voitures. Les jours prochains feront la joie des carrossiers, mais en ces instants l’heure n’est pas aux grincheux, ni aux rabat-joie.

La crise gambienne, née du refus de Yahya Jammeh de reconnaître sa défaite à la présidentielle du 1er décembre 2016, a également produit une démonstration implacable. Celle d’une région, l’Afrique de l’Ouest, qui, malgré ses divergences, a su prouver qu’aucune dictature n’est irrésistible lorsque se combinent action diplomatique et pression militaire.

Reste que les défis du nouveau président, un agent immobilier novice en politique et sans grand charisme, sont à la mesure des attentes de la population. En premier lieu, il faudra former un gouvernement.

Cet homme de 51 ans au visage poupin fut le choix par défaut d’une coalition de sept partis de l’opposition traversée par les querelles d’ego.
Devant la multiplication de propos contradictoires, Halifa Sallah, son porte-parole, avait prévenu quelques jours avant le retour de M. Barrow qu’il fallait prendre toute autre déclaration que les siennes ou celles de son président « avec des pincettes ».

Un diplomate, sous couvert d’anonymat, estime d’ailleurs que « l’une des premières urgences de cette fragile coalition sera d’organiser une communication cohérente ».
Répondre aux attentes économiques de la population – deux millions d’habitants – et en premier lieu de la jeunesse, qui fournit des bataillons de candidats à l’exode vers l’Europe, en sera une autre. « Grâce à Barrow, nous allons enfin nous développer » : cet espoir revient en boucle dans la bouche de ses partisans.

Autant dire que les subsides des bailleurs internationaux seront les bienvenus pour appuyer cette démocratie naissante. « Aujourd’hui, 150 millions d’euros d’aide de l’Union européenne ont été suspendus en raison de la crise mais ils devraient être débloqués pour soutenir cette transition lors des cinq prochaines années », affirme la même source diplomatique.

Ceux-ci devraient notamment être affectés à la réforme des services de sécurité. Yahya Jammeh s’est envolé avec sa garde rapprochée mais l’armée demeure une menace aux yeux des nouvelles autorités. Le chef d’état-major, le général Ousman Bargie, a beau se dire prêt à être rabaissé au rang « de jardinier ou de balayeur à la présidence », Adama Barrow est revenu en Gambie sécurisé par un contingent de gendarmes sénégalais mandatés par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).
La tutelle du Sénégal

Après avoir pris dimanche le contrôle militaire de Banjul, la mission de la Cédéao a annoncé, jeudi, sa décision « de procéder à une réduction progressive du volume des forces déployées sur le théâtre des opérations ». Depuis Dakar, M. Barrow avait demandé avant son retour que les soldats, principalement sénégalais, envoyés par l’organisation ouest-africaine restent encore « six mois » sur le territoire gambien.
Saura-t-il s’affranchir de la tutelle du Sénégal ? Son puissant voisin a largement contribué à faire respecter la volonté populaire des Gambiens, mais ses desseins à l’égard de cette étroite bande de terre qu’il enclave peuvent passer pour ceux d’un grand frère envahissant.

Fervent supporteur du nouveau chef de l’Etat, Malick confie : « Il ne faut pas se mentir, cette opération de la Cédéao est une intervention sénégalaise et je crains que tout cela finisse mal. Mais cette crise a démontré que nous sommes capables de prendre notre destin en main et si Adama Barrow échoue, nous le remplacerons par les urnes. » La démocratie gambienne n’en est encore qu’à ses balbutiements mais ses vertus ont déjà infusé dans les esprits.