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Gambie : le président sortant Yahya Jammeh accepte de quitter le pouvoir

  21 janvier 2017 à 22h28min 0 Commentaire(s)


Le président sortant s’est exprimé à la télévision d’Etat. Il était, depuis quelques jours, menacé d’une intervention militaire par des troupes africaines.

Yahya Jammeh a annoncé, samedi 21 janvier à la télévision d’Etat gambienne, qu’il allait quitter le pouvoir. Les présidents mauritanien et guinéen, qui menaient l’ultime médiation, ont obtenu auparavant son accord de principe pour qu’il quitte le pays. Des discutions se sont poursuivies sur les conditions de son départ, prolongeant de facto la suspension de l’opération militaire ouest-africaine décidée par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cédéao), pour le contrairement à céder le pouvoir.

« J’ai décidé aujourd’hui en conscience de quitter la direction de cette grande nation, avec une infinie gratitude envers tous les Gambiens », a ainsi déclaré M. Jammeh. Il a ajouté que son départ du pouvoir relevait de sa seule décision.

La Gambie, petit pays anglophone totalement enclavé dans le Sénégal, à l’exception d’une étroite bande côtière prisée des touristes, traverse une crise depuis que Yahya Jammeh a annoncé le 9 décembre son refus de céder le pouvoir à Adama Barrow, vainqueur de l’élection du 1er décembre, dont il conteste les résultats.

La délicate question de l’exil
Après de multiples tentatives pour le faire changer d’avis, les présidents guinéen Alpha Condé et mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz se sont rendus vendredi dans la capitale Banjul pour une dernière médiation. Les trois hommes ont eu plusieurs séries d’entretiens, avant et après la grande prière du vendredi, un rite qu’ils ont accompli ensemble.

« Apparemment, les choses sont quasiment réglées. (…) Les tractations tournent autour d’un point de chute pour son exil et des conditions qui doivent l’accompagner », a confié à la presse une source mauritanienne proche du dossier. « Il faut trouver un pays suffisamment loin de la Gambie pour empêcher Yahya Jammeh d’interférer dans le processus démocratique en cours », a ajouté une source guinéenne, avant d’appeler à la prudence.

Une offre d’asile lui aurait été faite en Guinée ou au Maroc. Ont aussi été cités comme possibles pays d’accueil la Mauritanie, le Qatar et la Guinée-Equatoriale. Les troupes africaines dans l’attente

Contrairement à la Mauritanie, république islamique comme la Gambie – depuis une proclamation surprise de M. Jammeh en 2015 – la Guinée appartient à la Cédéao, dont plusieurs pays ont fait entrer jeudi leurs troupes en territoire gambien, pour forcer au départ l’autocrate. Cette opération baptisée « Restaurer la démocratie » a été lancée peu après la prestation de serment d’Adama Barrow à l’ambassade gambienne à Dakar, la capitale sénégalaise, où il est accueilli depuis le 15 janvier à la demande de la Cédéao.

Elle a été suspendue pour permettre la « dernière médiation » conduite par les présidents guinéen et mauritanien. La Cédéao avait fixé un ultimatum jusqu’à vendredi à midi, dépassé de facto. C’est l’organisation « qui prendrait la décision » d’une éventuelle reprise de l’intervention, a expliqué à l’AFP le porte-parole de l’armée sénégalaise, le colonel Abdoul Ndiaye. Selon une source diplomatique au fait des discussions, les troupes ouest-africaines resteront sur place jusqu’au départ effectif de Yahya Jammeh.

Défections en série, Banjul ville fantôme
La capitale gambienne était déserte, vendredi, dans l’attente du dénouement de la crise. Le chef d’état-major de l’armée, le général Ousman Badjie, longtemps considéré comme un pilier du régime, a fait allégeance au président Barrow, de même que le chef de la police, Yankuba Sonko, et celui des douanes, Momat Cham. Le général Badjie a également écarté les risques d’effusion de sang, déclarant que si les troupes africaines reprenaient leur avance, ses hommes les accueilleraient « avec une tasse de thé ».

Jusque-là, Yahya Jammeh, imperméable aux pressions et lâché par plusieurs de ses ministres, assurait qu’il demeurerait en place tant que la justice n’aurait pas statué sur ses recours électoraux. Par crainte de troubles ou de violences, plus de 45 000 personnes ont fui la Gambie depuis le début de l’année, en majorité vers le Sénégal, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.