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L’ex-président brésilien Lula inculpé pour corruption dans l’affaire Petrobras

  21 septembre 2016 à 09h27min 0 Commentaire(s)


Prêt à affronter la controverse d’une accusation fondée sur des indices fragiles, capable de gérer l’émoi de nombreux Brésiliens attachés à celui qui reste leur idole, le juge Sergio Moro a décidé, mardi 20 septembre, d’inculper l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva pour « corruption » et « blanchiment d’argent ». Marisa Leticia, épouse de l’ancien chef d’Etat, et Paulo Okamotto, directeur de l’institut Lula, sont aussi poursuivis.

A la tête du Brésil de 2003 à 2010, auréolé pour avoir sorti de la misère des dizaines de millions de Brésiliens, M. Lula da Silva est soupçonné d’avoir joué un rôle actif dans l’organisation d’un système de corruption impliquant le groupe public pétrolier Petrobras, des géants du bâtiment et des travaux publics et des dirigeants politiques de tout bord. Une affaire d’Etat mise au jour par l’opération policière dite « Lava Jato » (« lavage express »).

L’ancien ouvrier métallurgiste est en particulier accusé d’avoir bénéficié de pots-de-vin versés par l’un des protagonistes de ce dossier, le groupe de BTP OAS, en l’espèce un triplex dans la station balnéaire de Guaruja, à une centaine de kilomètres de Sao Paulo. Le coût de l’appartement et de divers services d’embellissement suspectés d’avoir été offerts à M. Lula da Silva et à son épouse s’élèverait à quelque 3,7 millions de reais (1 million d’euros). M. Lula da Silva est déjà inculpé pour avoir tenté de faire obstruction à la justice dans cette même affaire Lava Jato.

Absence de preuve manifeste
La décision du juge Sergio Moro, « croisé » de la lutte anticorruption au Brésil, fait suite aux accusations lancées une semaine plus tôt par le jeune procureur Deltan Dallagnol. Faisant de M. Lula da Silva, sans preuve manifeste, le « commandant suprême » du schéma de corruption lié à Petrobras, le représentant du parquet avait alors fait l’objet de sarcasmes.

Le journaliste politique Reinaldo Azevedo, du magazine conservateur Veja, pourtant peu acquis à la cause de M. Lula da Silva et du Parti des travailleurs (PT, gauche), s’était désolé du « spectacle » donné par M. Dallagnol, jugeant sa conduite « inadmissible » et susceptible de servir la défense de l’ancien syndicaliste. Quelques jours plus tard, le quotidien Folha de Sao Paulo, affirmait qu’une partie des accusations se fondait sur un témoignage qui n’avait pas été versé au dossier. Une affirmation démentie par les procureurs.

« La recevabilité des accusations [du parquet] ne signifie pas responsabilité pénale », prend soin de préciser le juge Sergio Moro dans sa décision. « De telles précautions sont nécessaires, car le juge n’oublie pas que parmi les accusés figure l’ancien président de la République, dont (…) les dénonciations peuvent provoquer un tumulte de toute sorte », écrit-il encore.

« Protéger les cibles » de « Lava Jato »
Pour les proches de M. Lula da Silva, ce nouvel épisode judiciaire confirme la persécution dont serait victime la figure la plus charismatique de la gauche brésilienne« En acceptant la dénonciation inepte des équipes de Lava Jato contre l’ex-président Lula, le juge Sergio Moro confirme sa partialité (…), donnant suite au spectacle de la persécution engagée la semaine dernière par les procureurs », pouvait-on lire mardi soir sur la page Faceboock de M. Lula da Silva, donnant à cette enquête un « caractère éminemment politique ».

« Personne n’est au-dessus des lois. Mais pour que cette procédure ait toute sa crédibilité il faudrait aussi engager des poursuites contre Jose Serra [ministre des relations extérieures du gouvernement de Michel Temer, membre du Parti de la social-démocratie brésilienne, opposant au PT], et Aecio Neves [président du Parti de la social-démocratie brésilienne] », abonde le politologue Gilberto Maringoni, proche du Parti socialisme et liberté (PSOL, gauche). L’expert juge toutefois le PT « entièrement responsable » de ses déboires actuels. « En treize ans au pouvoir, le parti n’a fait aucune des réformes politiques espérées », sur le financement des partis et des campagnes, dit-il.

En outre, si les accusations semblent à ce stade focalisées sur le PT, l’ensemble des grands partis tremblent des suites de Lava Jato. En témoigne la tentative – avortée – de faire voter lundi à la chambre des députés un texte permettant d’amnistier les caciques ayant bénéficié du financement de caisses noires. Une manœuvre résumée par la presse comme une « tentative honteuse de protéger les cibles » de cette vaste opération policière.

S’il était jugé coupable en seconde instance, Luiz Inacio Lula da Silva, qui fêtera bientôt ses 71 ans, candidat possible à l’élection présidentielle de 2018, deviendrait inéligible pendant huit ans. Quel que soit le verdict, son image et celle de tous les grands partis politiques au Brésil sont d’ores et déjà sérieusement abîmées.