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Lutte contre le braconnage et le trafic des espèces protégées 

  9 avril 2017 à 23h00min 0 Commentaire(s)


les résultats encourageants de Conservation Justice
 
 L’ONG Conservation Justice, résolument engagée dans la lutte contre le braconnage et le trafic des espèces protégées, a dressé un bilan de ses activités pour l’année 2016. Ce qu’il faut dire c’est qu’en tout cas cette organisation a obtenu des résultats intéressants qui montrent bien que les phénomènes du braconnage et du trafic d’espèces protégées sont parfaitement attaquables.
 
Ces résultats sont aussi le fait d’une excellente collaboration avec les partenaires de l’ONG que sont l’administration des Eaux et Forêts, les unités de Police Judiciaire et les Tribunaux. Entre arrestations, procédures judiciaires et décisions de justice, l’ONG et ses partenaires travaillent en symbiose, montrant ainsi la capacité des parties prenantes de la lutte contre le braconnage et le trafic à se mobiliser et à faire face ensemble à la cohorte de malfrats qui mettent en péril l’harmonie des écosystèmes.
 
Il faut retenir de ce bilan de CJ que l’année 2016 a été marquée par la réalisation de 30 opérations qui ont abouti aux arrestations de 66 trafiquants. Ces opérations ont permis la saisie de 345 kg d’ivoire et 15 peaux de panthère, ainsi que divers autres produits dans différentes régions du pays dont le Woleu-Ntem, la Ngounié, le Moyen-Ogooué et l’Ogooué Ivindo, essentiellement.
 
Pour principales opérations réalisées par le projet AALF, il faut citer : l’arrestation le 25/01/2016 à Tchibanga de Ndinga Moussavou Jean-Paul (chasseur), Bourobou Koumba Hugues Lucien (aide chasseur et démarcheur) et Mouity Jean-Félix (chasseur) de nationalité gabonaise pris en flagrant délit de détention et tentant de commercialiser 4 pointes d’ivoire de 40,5 kg ; l’arrestation le 30/01/2016 de Nziengui Florian (démarcheur), Boussougou Régis (démarcheur), Dikamba Tine (démarcheur, chauffeur et transporteur du produit dans son taxi),

Mouanga Arnaud (chasseur) et Koumba Divassa (propriétaire de 2 peaux de panthère, de l’arme calibre 12 et des munitions) ; l’arrestation le 29/03/2016 à Port-Gentil de sieur Egbine Gaï Samuel en possession de 65 kg d’ailerons de requins (soit 1069 ailerons répartis dans trois cartons, correspondant à plus de 300 requins) ; l’interpellation le 31/05/2016 à Mitzic de Nzue Jean-Firmin, adjudant de la sécurité pénitentiaire en service à Mouila et affecté à Koulamoutou, et deux de ses complices Oumarou Zaoumo et Awome Nkoulou Gérard, tous de nationalité gabonaise, en possession de 16 kilogrammes d’ivoire.

La plus importante prise a lieu les 11, 16, 19 et 22 Octobre à Mandji. Une série d’opérations aboutit à l’interpellation de Koda Ibrahim Bouba, Gbenu Gabriel Opoku, Atadou Esthier Olsen Felix, Ngueba Iwangou Achille, Bopenga Jean Noel, Mombo Achille, Bizouli Arnaud et Bourobou Dave Roger. Ils étaient en possession de quatre pointes d’ivoire pesant 48 kg. Au cours de son arrestation, Koda Ibrahim tente de corrompre les agents avec une somme de 400.000 FCFA. Il sera également arrêté pour corruption. Ce cas a également montré l’implication d’employés d’une société forestière, dont la réputation et les efforts pour protéger la faune sont pourtant reconnus.
 
Plusieurs procédures judiciaires ont amené à la condamnation de 46 personnes sur 77 impliquées. Un taux de près de 60% qui n’est pas désespérant car les cas encore en cours qui attendent leur jugement expliquent en partie cet état de fait (31 cas, soit 40 %).
 
Le regret majeur pour Conservation Justice est sans doute la peine que prévoit la loi pour les trafiquants qui sont arrêtés en flagrant délit de détention, transport et commercialisation de trophées d’espèces protégées. Quand elle est de 3 à 10 ans dans les pays voisins, elle n’est que de six mois maximum au Gabon, un pays qui s’affiche pourtant comme un leader pour les questions de protection de la nature. Il faut ainsi retenir que la durée moyenne de la peine de prison reste faible, seulement de 4 mois. Cela n’est évidemment pas de nature à dissuader les contrevenants et malfrats.

La rigueur des sanctions prononcées est à considérer au cas par cas, selon les juridictions. A Makokou où l’influence du Procureur Alain Georges Moukoko s’est faite sentir, il a été enregistré des condamnations allant jusqu’à 36 mois car d’autres infractions ont été considérées (corruption, trafic d’armes ou de munitions). A Tchibanga par contre, des trafiquants pris en flagrant délit de commercialisation de 43 kg d’ivoires ont écopé de 45 jours de prison. Un véritable coup porté à la lutte contre le massacre des éléphants. A Mouila et Lambarene également, les peines infligées ont parfois semblé peu dissuasives. A Oyem, elles ont été intermédiaires.
 
Un autre élément relevé dans ce rapport annuel est l’analyse des nationalités impliquées montre que le trafic concerne plusieurs nationalités africaines. Il faut retenir que les Gabonais sont très impliqués dans le braconnage et le trafic. Ils sont essentiellement chasseurs et démarcheurs. En 2016, 57 Gabonais ont été interpelés. Et avec eux 5 Béninois, 4 Camerounais, 3 Ghanéens, 1 Ivoirien, 2 Nigérians, 3 Nigériens, 1 Sénégalais et 1 Tchadien.

Les ressortissants africains constituent le lien avec les marchés internationaux informels. Ce sont eux qui disposent de contacts avec les grands trafiquants asiatiques, entre autres. Une nouvelle est pourtant venue rassurer les associations et les gouvernements engagés dans la lutte contre le braconnage. Celle qui fait état de la décision de la Chine, gros consommateur d’ivoire, de ne plus autoriser la vente du précieux produit à partir de l’année 2018.

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