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Policiers radiés : au-delà du racket

  13 janvier 2019 à 09h13min 0 Commentaire(s)


La radiation récente des 60 policiers gabonais pour des faits de rackets, semble cacher des causes bien plus profondes, telles que des recrutements dépourvus de réelle enquête de moralité, des formations de plus en plus bâclées, et des situations salariales précaires, avec notamment la dernière promotion qui ne touche que des présalaires depuis sa sortie d’école il y a près de quatre ans. 

Au premier trimestre de l’année 2018, 60 policiers gabonais se faisaient radier pour des faits de rackets. Cette action du ministre de l’Intérieur, Noël Lambert Matha, répond certainement à la énième mise en garde des gens d’armes par le président gabonais, Ali Bongo Ondimba, lors de son exercice inédit d’août dernier, au cours duquel il disait laisser « quelques mois aux forces de sécurité pour arrêter le racket le plus rapidement possible ».

Si l’on peut féliciter ce pragmatisme de la hiérarchie militaire, l’on ne peut toutefois pas s’empêcher de pointer le doigt sur des problèmes profonds qui, sans justifier la corruption des agents, compromettent les fondements de cette « Police en Or » souhaitée de tous. 
Parmi ces problèmes, il y a la légèreté dont font montre de plus en plus nos gens d’armes. Si tout aspirant aux métiers d’armes doit impérativement subir une enquête de moralité, l’on remarque, pour le déplorer, que les derniers recrutements ont fini par laisser entrer toute la pègre de la nation. En effet, nombreux se sont étonnés de voir des brigands de leurs quartiers s’afficher du jour au lendemain en tenue policière. 

Il faut dire dans ce sens que le seul extrait de casier judiciaire vierge ne saurait justifier de la bonne moralité d’un individu, qui plus est candidat aux métiers d’armes. Ce manque de probité morale de certains fait qu’il n’est pas rare de les voir auteurs ou complices de délits multiples, dont des braquages et vols à mains armés. Quand ils ne détroussent pas les usagers de la route via des parodies de contrôles. 

L’autre écueil soulevé par ces radiations par dizaines, c’est la formation au rabais que subissent désormais nos forces de sécurité et de défense. Quand les « vielles promotions » mettaient le temps nécessaire pour acquérir l’exigence militaire et l’esprit républicain, souvent sur deux ans, nos nouvelles recrues ne passent plus que quelques petites semaines à l’« Escape », et dans des conditions bien moins martiales. 

Pour ne pas arranger les choses, il se trouve que ces dernières recrus, et que l’on affecte très souvent aux contrôles routiers, ne touchent que des présalaires depuis plus de trois ans qu’ils ont pris fonction. Une situation qui les fragilise évidemment, et les expos aux tentations de l’argent facile. La problématique, longtemps dénoncée dans les médias, concerne aussi bien les policiers que certains autres corps habillés, à l’instar de la sécurité pénitentiaire. 

Aussi serait-il judicieux pour les autorités militaires et politiques, que tout en sévissant sur des comportements déviants tels que le racket, elles mettent la même énergie pour résoudre les problématiques évoquées plus haut, pour une Police encore plus républicaine.