ACCUEIL > ECONOMIE > « Quand le prix du baril était très élevé, certains se sont cru tout permis. Il y a eu de nombreux errements » (Brice Laccruche Alihanga) 


« Quand le prix du baril était très élevé, certains se sont cru tout permis. Il y a eu de nombreux errements » (Brice Laccruche Alihanga) 

  24 juin 2018 à 17h04min 0 Commentaire(s)


Le directeur de cabinet du président gabonais, Brice Laccruche Alihanga l’a déclaré dans une interview exclusive accordée à notre confrère de « Jeune Afrique », de passage à Paris en France. Dans cette interview, il a également relevé la détermination du président de la République à faire la lumière sur les affaires relatives à l’opération Mamba et à mettre un terme au système des roitelets dans les localités et des administrations.
Revenant sur le bilan du premier mandat du président gabonais de 2009 à 2016, Brice Laccruche Alihanga a relevé plusieurs manquements à l’origine des échecs enregistrés dans certains domaines.

« Il serait présomptueux d’affirmer que le premier mandat a été un succès sur toute la ligne. Il y a eu des avancées importantes, facilitées par la hausse des prix du pétrole. Mais il y a eu aussi des erreurs dans le choix des hommes et le contrôle de leur travail. C’est un peu l’histoire de la cigale et de la fourmi. Quand le prix du baril était très élevé, certains se sont crus tout permis. Il y a eu de nombreux errements. Les ayant constatés, le président a engagé un certain nombre de changements qui vont dans le sens d’une plus grande rigueur dans la gestion des deniers publics. Parce que le problème, encore une fois, n’est pas la stratégie – qui est bonne et qui, j’en suis convaincu, va faire du Gabon l’une des locomotives de l’Afrique francophone à l’horizon 2023- 2030 –, c’est surtout le choix des hommes chargés de la mettre en œuvre », a-t-il déclaré avant d’indiquer que le temps de l’impunité est révolu.

S’agissant de l’impunité dont auraient bénéficié certains responsables pour avoir occasionné l’échec dudit mandat par des comportements déviants dans la gestion des projets de développement, il a rassuré que toute la lumière sera faite pour éviter la reproduction.

« Vous avez entendu parler de l’opération Mamba, qui concerne notamment l’un des gros dossiers du premier mandat : l’affaire Santullo. Ces affaires-là ressemblent à une pelote de laine : plus on tire de fil, plus il en vient. Mais toute la lumière sera faite. Ensuite, il sera temps de réfléchir au moyen d’en finir avec la gabegie et la corruption. Cela ne se fera pas en six mois, parce que c’est un problème qui dure depuis quarante ans. Mais je suis persuadé qu’avec le temps, avec l’exemple de coupables équitablement sanctionnés, les comportements vont changer. Ils ont d’ailleurs déjà commencé de le faire avec l’arrivée de managers venus de la diaspora ou qui n’étaient pas aux affaires pendant le premier mandat. De son côté, le chef de l’État n’a pas hésité à remanier en profondeur son gouvernement, ainsi que la haute administration. Il veut une rupture rationnelle, avec un style beaucoup plus directif que par le passé. Je dois vous l’avouer, je n’ai aucun problème avec ça. Cela me plaît, même.

À sa manière, le Gabon vient lui aussi d’entrer dans le nouveau monde », a -t-il dit avant de rappeler que les plus proches collaborateurs du président, devons être exemplaires pour que : « tous les autres le soient aussi. Des dispositions importantes ont été prises pour éviter le renouvellement des erreurs du passé », a-t-il affirmé.

Le directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba a décliné la vision de son patron sur sa volonté de mettre fin à la politique des roitelets pour donner la chance à tout le monde et être directement au contact des populations sans intermédiaires.

« Il y a des gens plus âgés qui veulent faire bouger les choses. Et d’autres, plus jeunes, qui restent prisonniers de l’ancien monde, avec ses roitelets locaux et son économie de rente. Imaginez le roitelet de telle ou telle localité. Il n’a nul besoin de travailler puisqu’il a quatre mille personnes derrière lui. Donc il ne fait rien, mais tout doit passer par lui : l’attribution des postes, les nominations, le choix des entreprises autorisées à travailler… Le président a entrepris d’en finir avec tout cela.

Il veut une relation directe avec la population, sans roitelet ni intermédiaire. Il veut que tout le monde ait une chance de réussir. Bien sûr, les idées sont une chose, leur mise en œuvre en est une autre, beaucoup plus difficile. C’est pourtant ce que nous nous efforçons de faire aujourd’hui. Vous avez sûrement remarqué depuis six mois l’accélération du renouvellement de notre administration. Il n’est pas sain que telle ou telle personnalité puisse rester en poste pendant quinze ou vingt ans », a-t-il dit.