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Trafic de bois : Les Chinois diabolisés pour sauver l’honneur de l’administration ?

  1er janvier 2021 à 18h54min 0 Commentaire(s)


 
L’affaire du trafic à grande échelle du Kévazingo a mis en lumière un réseau mafieux entretenu par une poignée d’opérateurs chinois. Du coup, la réputation de trafiquant colle désormais à la peau de tous les Chinois du secteur et sont présentés comme les seuls responsables de ce trafic, alors que l’administration a elle aussi sa part de responsabilité. Une situation voulue et entretenue ?

 
Depuis plus d’un an, les entreprises chinoises opérant dans l’industrie du bois estiment être diabolisées à tort. Un « mépris » né en mars 2019 avec l’affaire de 1000 m3 de Kévazingo, une espèce végétale intégralement protégée, saisis par les douaniers dans l’entrepôt d’une entreprise. Une appréhension renforcée un mois plus tard avec le scandale du Kevazingo, où des containeurs de cette essence précieuse se sont évaporés sur le site d’entreposage de 3C Transit à Owendo, entreprise à forte connotation chinoise. Sur près de 400 containeurs saisis, « 353 placés sous la main de la justice ont curieusement disparu », selon le Parquet de Libreville. Dans le cadre de cette sulfureuse affaire, en juillet dernier, le Chinois Huang Ren Ren dont la société ‘’SKBG’’ exploitait illégalement le Kevazingo au Gabon, a été condamné à six mois d’emprisonnement et une amende de 100 millions de francs CFA.

Depuis lors, l’étiquette de trafiquant colle à la peau des opérateurs chinois du secteur bois, dont 90% disent pourtant exercer dans la légalité, font travailler des Gabonais et investissent massivement dans la transformation du bois. En mars dernier déjà, face aux actions illégales récurrentes de certains de leurs compatriotes, notamment dans l’exploitation du Kévazingo, les opérateurs chinois réunis au sein de l’Union forestière des industries asiatiques du Gabon (Ufiag) ont clairement affiché leur volonté de respecter les lois gabonaises.

Le syndicat s’était également offusqués que le délit commis par quelque uns soit généralisé à tout le groupe. Une sortie qui n’a visiblement pas changé le regard de l’opinion sur les opérateurs chinois du secteur bois, car toujours taxés de trafiquants à ce jour, près de deux ans après le Kevagate.

S’il est avéré qu’une portion d’entreprises chinoises ont été prises en flagrant délit d’exploitation illégale d’essences forestières protégées, celles-ci ont pourtant bénéficié de complicités dans l’administration des Eaux et Forêts qui « ont activement et passivement favorisé la disparition desdits conteneurs », selon le parquet de Libreville. Pourtant aucune condamnation n’a été prononcée à ce jour contre ces agents de l’Etat.

Une attitude voulue par les autorités pour sauver l’honneur de l’administration ? Oui, serait-on tenté dire, tant la justice prend son temps pour sanctionner les agents de l’Etat impliqués dans le trafic du bois en général. Il y a quelques jours, par exemple, quatre agents du cantonnement des Eaux et Forêts de Mitzic, soupçonnés d’avoir couverts une activité illégale de chargement de bois d’un exploitant communautaire en fermage, attendent toujours d’être fixés sur le sort.
 Une justice égale pour tous

Plus récemment, le 12 décembre, la directrice provinciale des Eaux et Forêts du Moyen-Ogooué et trois de ses agents ont été arrêtés par les éléments de la Direction générale de la recherche (DGR). Ils sont soupçonnés de « blanchiment de bois et corruption », pour avoir falsifié une expertise sur les bois abandonnés afin de favoriser les opérateurs chinois au détriment des populations villageoises. Comme dans le cas de Mitzic, beaucoup craignent que la présente affaire soit jetée aux oubliettes. Aurait-ce été le cas si les personnes arrêtées avaient été de nationalité chinoise ? Rien n’est moins sûr. En gros depuis un an et demi, la communication ciblée autour des affaires de trafic de bois au Gabon laisse penser que seuls les Chinois sont en amont et en aval de cette activité, dont certains passent pour des amateurs aux yeux des agents des Eaux et Forêts.

Agacés, certains opérateurs ont même saisi le conseil d’Etat contre l’Etat sur la « confiscation arbitraire et illégale » de leur bois par l’Etat gabonais. C’est le cas de la société Hongsen, dont la plainte déposée il y a deux ans est restée sans suite. En tout cas, les opérateurs chinois nourrissent pieusement le vœu de se départir de la réputation de trafiquant et souhaitent que la justice soit égale pour tous. D’autres envisagent également de partir du Gabon pour mieux sécuriser leurs investissements.